« L’école libre plus performante que le réseau
officiel »… belle erreur de diagnostic Docteur Destexhe ! Et à plus
d’un titre.
De telles affirmations sont supposées faire le bonheur du « sens commun »
et d’un réseau, installer la concurrence dans le comportement des gens.
Heureusement, l’allégation reste dénuée de tout fondement scientifique. Parler d’équité n’est finalement un tabou que
pour ceux qui ne suivent pas les débats.
L’auteur succombe à la plus accessible des erreurs de
débutants : confondre lecture et interprétation, chiffre et signification,
en oubliant que la méthode statistique est avant tout affaire de
variables et de pondération; que l’on omette d’en inclure une – aussi
essentielle que le niveau socio-économique – et le sens sera orientable à
merci.
Lorsque l’on prend la peine de pondérer les scores moyens
des élèves en mathématiques avec le paramètre « socio-économique » de
l’établissement et des élèves qui le fréquentent, il appert sans conteste que
la différence brute observée de prime abord disparaît.
Ce fait indique que les réseaux ne divergent pas dans
leur efficacité à former les élèves aux compétences mathématiques,
contrairement à ce que voudraient faire croire ceux qui sont in fine davantage
intéressés par les Unes de journaux que par les derniers de classe.
Heureusement, nul n’est dupe à ce petit jeu qui pourrait s’apparenter
davantage à des fantasmes de persécution qu’à un réel souci d’améliorer le
système éducatif dans son ensemble.
Car
pour administrer son
remède favori, il a bien fallu au Docteur Destexhe diagnostiquer une maladie
imaginaire !
Ainsi, faudrait-il accorder plus d’autonomie à nos
réseaux ? Et bien parlons-en, et amenons les précisions utiles.
Les établissements scolaires et les pouvoirs organisateurs de tous les réseaux bénéficient déjà d’une très large autonomie en Communauté française, et ce dans de nombreux domaines :
- dans les contenus et les processus d’enseignement (choix total des méthodes, des programmes de cours, des pédagogies particulières, etc.) ;
- dans la réglementation et l’organisation de la vie scolaire (autonomie du projet d’établissement et du règlement d’ordre intérieur, souplesse dans les horaires des élèves et des enseignants, etc.) ;
- dans
l’utilisation des ressources financières et matérielles (autonomie dans
l’allocation du budget de fonctionnement octroyé par
- dans
l’utilisation des ressources humaines (autonomie dans les remplacements
d’enseignants, dans la planification de la formation continuée, etc.).
Au rayon de l’autonomie, ajoutons qu’aucune
évaluation globale et externe de l’établissement scolaire ou du pouvoir
organisateur n’est jamais exigée en Communauté française, contrairement à
d’autres pays (l’Angleterre par exemple).
Dans une étude réalisée sur le sujet en 2004
par l’OCDE, les résultats montrent qu’en Communauté française 43% des décisions
sont prises au niveau de l’établissement scolaire, 25% au niveau du pouvoir
organisateur et 32% au niveau de
Dans la même étude, en matière d’affectation
des ressources, l’autonomie des établissements scolaires de
L’autonomie est ainsi bel et bien présente. Avec son
pendant évident : la confiance faite aux équipes éducatives, aux
directions d’écoles, aux pouvoirs organisateurs dans la gestion de leur
système.
En outre, rien ne prouve que lorsque l’autonomie
augmente, les performances s’ensuivent systématiquement dans la même
corrélation positive : certains systèmes éducatifs ont d’excellents résultats sans pour autant être
« autonomistes » et vice et versa.
Ainsi,
l’Australie et le Japon, décrits par l’OCDE comme très centralisateurs, obtiennent
de très bons scores à PISA. A contrario,
Monsieur Destexhe ne pourra nier que pour établir un diagnostic porteur, il importe de réaliser une bonne anamnèse. Or, dans sa comparaison entre enseignement libre (privé) et enseignement officiel, Docteur Destexhe se nourrit de documentations partielles, omettant de préciser les éléments suivants :
- la différence de score en faveur de l’enseignement libre est très étroite ;
- la différence de score s’annule, voire s’inverse, si on tient compte des caractéristiques socio-économiques des élèves ;
- si on
présentait les enseignements officiels séparément (Communauté française /
communes et provinces), les écoles du réseau de
La
notion même d’autonomie doit être, il nous semble, prise avec certaines
précautions. Si
la conception de l’autonomie
par l’OCDE consiste à considérer le directeur
d’école comme un
« gestionnaire contractuel »,
rémunéré aux
« résultats » et
pouvant être licencié si ceux-ci ne suivent pas, nous
semble tout-à-fait hors
de propos ! Une fonction « aussi
importante et primordiale pour l’avenir de nos enfants » ne peut être soumise
aux lois néolibérales du marché.
Depuis le début de la législature,
Si les résultats
de
Oser dépasser la
simple contemplation de résultats et aller au devant des critiques simplement
déconstructives, n’est-il pas là, le courage politique ?