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 Cartes blanches







Erreur de diagnostic, Docteur Destexhe


parue dans Le Soir du Vendredi 23 mai 2008, p.18



Véronique JAMOULLE,
Députée PS
Delphine Gilman, Collaboratrice PCF - IEV



« L’école libre plus performante que le réseau officiel »… belle erreur de diagnostic Docteur Destexhe ! Et à plus d’un titre.

 

De telles affirmations sont supposées faire le bonheur du « sens commun » et d’un réseau, installer la concurrence dans le comportement des gens. Heureusement, l’allégation reste dénuée de tout fondement scientifique. Parler d’équité n’est finalement un tabou que pour ceux qui ne suivent pas les débats.

 

L’auteur succombe à la plus accessible des erreurs de débutants : confondre lecture et interprétation, chiffre et signification, en oubliant que la méthode statistique est avant tout affaire de variables et de pondération; que l’on omette d’en inclure une – aussi essentielle que le niveau socio-économique – et le sens sera orientable à merci.

 

Lorsque l’on prend la peine de pondérer les scores moyens des élèves en mathématiques avec le paramètre « socio-économique » de l’établissement et des élèves qui le fréquentent, il appert sans conteste que la différence brute observée de prime abord disparaît.

 

Ce fait indique que les réseaux ne divergent pas dans leur efficacité à former les élèves aux compétences mathématiques, contrairement à ce que voudraient faire croire ceux qui sont in fine davantage intéressés par les Unes de journaux que par les derniers de classe.  

 

Heureusement, nul n’est dupe à ce petit jeu qui pourrait s’apparenter davantage à des fantasmes de persécution qu’à un réel souci d’améliorer le système éducatif dans son ensemble.

 

Car pour administrer son remède favori, il a bien fallu au Docteur Destexhe diagnostiquer une maladie imaginaire !

 

 

 

Ainsi, faudrait-il accorder plus d’autonomie à nos réseaux ? Et bien parlons-en, et amenons les précisions utiles.

 

Les établissements scolaires et les pouvoirs organisateurs de tous les réseaux bénéficient déjà d’une très large autonomie en Communauté française, et ce dans de nombreux domaines :

- dans les contenus et les processus d’enseignement (choix total des méthodes, des programmes de cours, des pédagogies particulières, etc.) ;

-   dans la réglementation et l’organisation de la vie scolaire (autonomie du projet d’établissement et du règlement d’ordre intérieur, souplesse dans les horaires des élèves et des enseignants, etc.) ;

-  dans l’utilisation des ressources financières et matérielles (autonomie dans l’allocation du budget de fonctionnement octroyé par la Communauté française ; acquisition de matériel et de biens mobiliers et immobiliers ; etc.) ;

-     dans l’utilisation des ressources humaines (autonomie dans les remplacements d’enseignants, dans la planification de la formation continuée, etc.).

 

Au rayon de l’autonomie, ajoutons qu’aucune évaluation globale et externe de l’établissement scolaire ou du pouvoir organisateur n’est jamais exigée en Communauté française, contrairement à d’autres pays (l’Angleterre par exemple).

 

Dans une étude réalisée sur le sujet en 2004 par l’OCDE, les résultats montrent qu’en Communauté française 43% des décisions sont prises au niveau de l’établissement scolaire, 25% au niveau du pouvoir organisateur et 32% au niveau de la Communauté française ; il nous semble que cela place la part d’autonomie de l’établissement et de son pouvoir organisateur loin devant celle de la Communauté française !

 

Dans la même étude, en matière d’affectation des ressources, l’autonomie des établissements scolaires de la Communauté française place celle-ci à la 4ème place des systèmes éducatifs de l’OCDE les plus autonomes. Quand on sait que la Communauté française est un des systèmes éducatifs les mieux financés au monde par le pouvoir public, c’est d’autant plus important ! Toujours dans cette étude, cette fois en matière d’enseignement et de programmes, l’autonomie des établissements scolaires de la CF place celle-ci à la 6ème place des systèmes éducatifs de l’OCDE les plus autonomes !

 

L’autonomie est ainsi bel et bien présente. Avec son pendant évident : la confiance faite aux équipes éducatives, aux directions d’écoles, aux pouvoirs organisateurs dans la gestion de leur système.

 

En outre, rien ne prouve que lorsque l’autonomie augmente, les performances s’ensuivent systématiquement dans la même corrélation positive : certains systèmes éducatifs ont d’excellents résultats sans pour autant être « autonomistes » et vice et versa.

 

Ainsi, l’Australie et le Japon, décrits par l’OCDE comme très centralisateurs, obtiennent de très bons scores à PISA. A contrario, la Hongrie et la République tchèque sont présentées comme des modèles d’autonomie mais leurs résultats sont mauvais.

 

Monsieur Destexhe ne pourra nier que pour établir un diagnostic porteur, il importe de réaliser une bonne anamnèse. Or, dans sa comparaison entre enseignement libre (privé) et enseignement officiel, Docteur Destexhe se nourrit de documentations partielles, omettant de préciser les éléments suivants :

-  la différence de score en faveur de l’enseignement libre est très étroite ;

-  la différence de score s’annule, voire s’inverse, si on tient compte des caractéristiques socio-économiques des élèves ;

-   si on présentait les enseignements officiels séparément (Communauté française / communes et provinces), les écoles du réseau de la Communauté française auraient des résultats supérieurs à celles de l’enseignement libre ; en effet, le réseau officiel subventionné comprend de nombreuses écoles techniques et professionnelles ou en discriminations positives, qui accueillent justement un public plus fragilisé.

 

La notion même d’autonomie doit être, il nous semble, prise avec certaines précautions.  Si la conception de l’autonomie par l’OCDE consiste à considérer le directeur d’école comme un « gestionnaire contractuel », rémunéré aux « résultats » et pouvant être licencié si ceux-ci ne suivent pas, nous semble tout-à-fait hors de propos ! Une fonction « aussi importante et primordiale pour l’avenir de nos enfants » ne peut être soumise aux lois néolibérales du marché.

 

Depuis le début de la législature, la Ministre Marie Arena d’abord, puis  le Ministre Dupont aujourd’hui, portent un projet fort de mesures qui reflètent un véritable souci d’améliorer le système éducatif, non pour quelques-uns, non dans certaines écoles, non dans certains réseaux, mais pour TOUS les élèves. Une école qui soit efficace, sans préjudice de l’équité ; une école qui soit de qualité pour chacun, à quelque niveau qu’il soit.

 

Si les résultats de la Communauté française n’étaient pas aussi interpellants, il n’y aurait pas eu une telle nécessité de réaliser un Contrat pour l’Ecole !

 

Oser dépasser la simple contemplation de résultats et aller au devant des critiques simplement déconstructives, n’est-il pas là, le courage politique ?


 


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