C’est au fond ce qui, pour nous, est l’essentiel.
Encore faut-il définir ces valeurs,
les analyser pour en
rendre compte, les diffuser, savoir les transmettre pour qu’elles
ne soient pas
déformées ni déformables, accompagnées
d’une méthode liée au libre choix, à
l’esprit critique, à l’épanouissement de
l’individu intégré à une
société
globale dont il doit se défendre parfois, où il doit
s’intégrer souvent, dont
il est exclu, trop souvent…
Société du connaître ou société du savoir ? Société du
paraître ou société de l’Etre ? Société de la réussite individuelle ou
société du solidaire ? Société du
tabou, du dogmatique et du révélé ou société du référent humain, de la
construction de la raison et du vivre ensemble au nom de l’Humanité
agissante ?
Face à tant de défis, alors que
Il doit être d’abord maître de son choix personnel mais en
tant qu’enseignant, il doit disposer des moyens d’aider les plus jeunes à
opérer le leur, si son statut est celui de maître ou de professeur chargé de
cours dits « philosophique ».
L’enseignant de morale modèle serait donc celui qui vit
selon un mode de pensée inspiré par les valeurs démocratiques et adogmatiques,
par des valeurs personnelles, familiales, sociétales construites à l’aune de la
conscience éclairée et de la raison, mais qui doit aussi transmettre un outil
qui aide à poser la question des choix
philosophiques en conscience.
Or, transmettre des valeurs et des outils de réflexion
personnels attachés à la construction des valeurs est très complexe. Le débat
« cours de morale » « cours de philosophie » l’a bien
montré. S’il paraît simple de construire un cours de religion, avec un dogme et
des valeurs arrêtées par l’autorité du culte, construire un cours de morale non
confessionnelle, qui pourrait s’adresser à tous et qui s’adresse de fait et
aussi à ceux qui n’ont pas fait le choix d’une religion est difficile.
Quel dénominateur commun à cet enseignement ? Celui,
négatif d’un non choix religieux, celui positif du choix d’une société
établissant ses valeurs au nom de l’Humanité, de l’homme dans la société,
tributaire et responsable de la vie commune, juridiquement et socialement
capable d’agir, de choisir, donc d’influencer le comportement des autres par le
sien ?
Quelle formation pour un tel enseignant ? Quelles
ressources, quels cadres, quels soutiens ? Les questions sont
fondamentales car elles conditionnent d’abord un contenu, ensuite une
didactique, et enfin, conséquemment, une compétence liée à ce contenu et à
cette didactique.
Comment devenir un enseignant qui maîtrise une matière
forcément à construire chaque jour et à transmettre sans refuge dans un
dogmatisme confortable ? Comment amener le jeune, l’enfant, à réfléchir
librement mais consciemment, comment l’amener à une distance critique, loin des
modes, des préjugés, des pensées faciles et d’une société du consommable
immédiat et précaire ?
Ce colloque, nous l’avons voulu ouvert d’abord aux
enseignants, ensuite à ceux qui bénéficient de leur enseignement ou de leur
action à long terme, jeunes, société en général, milieu scolaire et associatif
en particulier. Quel contenu pour quel profil d’enseignant ? Comment
reconnaître les compétences ? Comment les acquérir ? Comment encadrer
les plus jeunes ?
Les réponses que les participants de ce colloque donneront
à ces différents questionnements seront essentielles à l’élaboration d’un réel
statut de l’enseignant chargé du cours de morale, à la mise en œuvre de
politiques de formation et d’encadrement adaptés aux difficultés du terrain et
aux objectifs que se donne le cours de
morale.
C’est dire que, pour nous aussi, rien n’est donné et tout
est à construire, sur base de ce qui existe, de ce qui est proposé comme outil,
de la richesse des milieux de l’associatif
et de l’institutionnel de la laïcité, de la richesse des enseignants eux-mêmes,
confrontés à une mission intellectuellement et humainement gigantesque et motivante : aider le
jeune à se construire dans une société où l’autre est d’abord et avant tout un
repère relatif, pour construire sa propre identité, dans le respect de l’humain, de la fraternité qui lui donne sa capacité de
résistance et de la tolérance active au service de l’humanité.
Isabelle
Emmery Véronique Jamoulle
Députées PS à
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