Handicap
- Question
orale de Véronique JAMOULLE à Marie Arena, Ministre de l'Enseignement obligatoire et de promotion sociale relative à la "Prise en charges des enfants dysphasyques en Communauté française"
Madame la Ministre-Présidente,
Nous avons déjà eu l’occasion de discuter de divers aspects
relatifs à l’enseignement spécialisé. Nous nous accordons évidemment pour
reconnaître qu’il est essentiel de mener une politique de prise en charge de
l’enfant handicapé qui soit globale et prenne ancrage dans un réel projet de
vie, de prendre en considération les besoins spécifiques de l’enfant, de
travailler dans le sens d’une amélioration de l’accès aux infrastructures
scolaires et aux activités extrascolaires en général, etc. Mais plus
spécifiquement, qu’en est-il de la prise en charge des enfants
dysphasiques ?
Comme vous le savez, il existe plusieurs formes de
dysphasie, les difficultés peuvent se marquer tant en expression qu’en
compréhension et déboucher sur des handicaps plus ou moins lourds. Il est
évident que ces enfants ont des besoins spécifiques auxquels il est
indispensable de répondre de façon précoce et adéquate ; et c’est
précisément ce que peuvent apporter les classes de langage.
On sait en effet que dans ces classes, l’évolution des
enfants est très positive. Une logopède
utilisait ainsi la métaphore du « disque dur » pour expliquer qu’il
faut tout réinscrire chez ces enfants, comme sur un disque dont les données
auraient été mal ou pas enregistrées. La
métaphore informatique, bien qu’éclairante, s’arrête là où émerge
indubitablement la dimension humaine ; n’ayant pas pu bénéficier du
« bain de langage » initial, ces enfants, s’ils ne sont pas pris en
charge, se retrouvent très rapidement en grande détresse sociale, ne disposant
pas des outils communicationnels nécessaires à l’instauration de relations
épanouissantes, tant au niveau personnel que social.
Organisées au sein du type 8, ces classes ont toujours un
statut expérimental ; votre réponse en Commission de l’Education en
juillet dernier me laisse croire qu’une évolution sera possible en la matière.
Plus spécifiquement, je m’inquiète du manque de continuité dans les
apprentissages pour ces enfants. En effet, le type 8 n’est pas organisé en
maternelle ni en secondaire. Or, on convient que le diagnostic de dysphasie
pourrait se faire dès 3 ans1/2. En outre, lorsque ces enfants ont quand même pu
bénéficier d’une prise en charge adéquate en classe de langage, ils se
retrouvent, au moment du passage en secondaire, bien souvent orientés dans le
type 1 ou le type 3 ! Concrètement, si l’on entreprend une révision du
décret organisant l’enseignement spécialisé, est-ce que ce problème
d’orientation sera soulevé ? Quelles solutions pourraient être envisagées ?
Dispose t-on de statistiques sur le nombre de ces enfants orientés dans un type
ou dans l’autre et plus largement, sur le devenir ultérieur des enfants
dysphasiques ?
Je reste bien
évidemment consciente que la prise en charge
des enfants dysphasiques, et plus largement de l’enfant
handicapé, ne relève
pas que de vos compétences, et que la question des synergies
n’est pas neuve,
mais je me permets d’insister en rappelant la précision
qu’amène l’OMS en
matière de handicap, définissant 3 notions
interdépendantes : la
déficience, qui correspond à l’altération
d’une structure ou d’une fonction,
l’incapacité,
qui résulte de la déficience et correspond
à une diminution de la capacité à
réaliser une activité, et enfin le handicap, qui correspond pour un individu
particulier à l’impact au niveau social, professionnel, scolaire, etc. des
déficits et incapacités qu’il présente.
Autrement dit, si le handicap est une notion dont
l’évaluation de l’impact ne peut se faire qu’à un niveau individuel, il n’en
reste pas moins que sa prise en charge dépasse inévitablement le cadre
individuel, et c’est pourquoi je vous demande, Madame la Ministre-Présidente,
si des synergies plus « globalisantes » centrées autour de la
personne et de son réseau (familial, scolaire, etc.) pourraient être créées
entre votre cabinet et ceux de Christiane Vienne, de Catherine Fonck et de
Christian Dupont ? De telles synergies permettraient, à mon sens, de mener
une politique d’intégration à la hauteur des besoins criants de ce secteur.
La communication, si elle n’est pas l’apanage du seul être
humain, en est une condition nécessaire à son épanouissement et à sa
socialisation. Lorsque les modalités de cette communication ne sont pas
prévues, la relation est plus difficile, et ceci vaut autant pour l’enfant
dysphasique que pour l’intervenant social, le professeur ou le logopède qui en
a la charge. Pouvez-vous m’indiquer si une réflexion sera menée afin de
favoriser la diffusion de bonnes pratiques et des bonnes initiatives « qui
marchent » pour ces enfants, comme cela est prévu au niveau pédagogique
dans le Contrat pour l’Ecole ?
Je ne doute pas, Madame la Ministre-Présidente,
que vous soyez sensibilisée à la question. Notre
système scolaire est à
parfaire, ce que vous avez très bien compris puisque vous avez
mis en œuvre,
par le Contrat pour l’Ecole, une série de moyens concrets
pour y faire face et
répondre aux problèmes rencontrés, donnant ainsi
la chance aux enseignants, aux
élèves, aux familles et à la société
en général de bénéficier d’une
impulsion éducative
attendue depuis longtemps.
Aussi, je vous fais entière confiance pour mener à bien une
mission essentielle d’Education qui soit
positive et accessible pour tous et pour chacun quels que soit sa santé,
son déficit, son incapacité ou son handicap.