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Handicap



- Question orale de Véronique JAMOULLE à Marie Arena, Ministre de l'Enseignement obligatoire et de promotion sociale relative à la  "Prise en charges des enfants dysphasyques en Communauté française"
Commission Education du 17 octobre 2005 - p.3




Madame la Ministre-Présidente,
 

Nous avons déjà eu l’occasion de discuter de divers aspects relatifs à l’enseignement spécialisé. Nous nous accordons évidemment pour reconnaître qu’il est essentiel de mener une politique de prise en charge de l’enfant handicapé qui soit globale et prenne ancrage dans un réel projet de vie, de prendre en considération les besoins spécifiques de l’enfant, de travailler dans le sens d’une amélioration de l’accès aux infrastructures scolaires et aux activités extrascolaires en général, etc. Mais plus spécifiquement, qu’en est-il de la prise en charge des enfants dysphasiques ?
 
Comme vous le savez, il existe plusieurs formes de dysphasie, les difficultés peuvent se marquer tant en expression qu’en compréhension et déboucher sur des handicaps plus ou moins lourds. Il est évident que ces enfants ont des besoins spécifiques auxquels il est indispensable de répondre de façon précoce et adéquate ; et c’est précisément ce que peuvent apporter les classes de langage.
 
On sait en effet que dans ces classes, l’évolution des enfants est très positive.  Une logopède utilisait ainsi la métaphore du « disque dur » pour expliquer qu’il faut tout réinscrire chez ces enfants, comme sur un disque dont les données auraient été mal ou pas  enregistrées. La métaphore informatique, bien qu’éclairante, s’arrête là où émerge indubitablement la dimension humaine ; n’ayant pas pu bénéficier du « bain de langage » initial, ces enfants, s’ils ne sont pas pris en charge, se retrouvent très rapidement en grande détresse sociale, ne disposant pas des outils communicationnels nécessaires à l’instauration de relations épanouissantes, tant au niveau personnel que social.
 
Organisées au sein du type 8, ces classes ont toujours un statut expérimental ; votre réponse en Commission de l’Education en juillet dernier me laisse croire qu’une évolution sera possible en la matière. Plus spécifiquement, je m’inquiète du manque de continuité dans les apprentissages pour ces enfants. En effet, le type 8 n’est pas organisé en maternelle ni en secondaire. Or, on convient que le diagnostic de dysphasie pourrait se faire dès 3 ans1/2. En outre, lorsque ces enfants ont quand même pu bénéficier d’une prise en charge adéquate en classe de langage, ils se retrouvent, au moment du passage en secondaire, bien souvent orientés dans le type 1 ou le type 3 ! Concrètement, si l’on entreprend une révision du décret organisant l’enseignement spécialisé, est-ce que ce problème d’orientation sera soulevé ? Quelles solutions pourraient être envisagées ? Dispose t-on de statistiques sur le nombre de ces enfants orientés dans un type ou dans l’autre et plus largement, sur le devenir ultérieur des enfants dysphasiques ?

Je reste bien évidemment consciente que la prise en charge des enfants dysphasiques, et plus largement de l’enfant handicapé, ne relève pas que de vos compétences, et que la question des synergies n’est pas neuve, mais je me permets d’insister en rappelant la précision qu’amène l’OMS en matière de handicap, définissant 3 notions interdépendantes : la déficience, qui correspond à l’altération d’une structure ou d’une fonction, l’incapacité, qui résulte de la déficience et correspond  à une diminution  de la capacité à réaliser une activité, et enfin le handicap, qui correspond pour un individu particulier à l’impact au niveau social, professionnel, scolaire, etc. des déficits et incapacités qu’il présente.
 
Autrement dit, si le handicap est une notion dont l’évaluation de l’impact ne peut se faire qu’à un niveau individuel, il n’en reste pas moins que sa prise en charge dépasse inévitablement le cadre individuel, et c’est pourquoi je vous demande, Madame la Ministre-Présidente, si des synergies plus « globalisantes » centrées autour de la personne et de son réseau (familial, scolaire, etc.) pourraient être créées entre votre cabinet et ceux de Christiane Vienne, de Catherine Fonck et de Christian Dupont ? De telles synergies permettraient, à mon sens, de mener une politique d’intégration à la hauteur des besoins criants de ce secteur.

La communication, si elle n’est pas l’apanage du seul être humain, en est une condition nécessaire à son épanouissement et à sa socialisation. Lorsque les modalités de cette communication ne sont pas prévues, la relation est plus difficile, et ceci vaut autant pour l’enfant dysphasique que pour l’intervenant social, le professeur ou le logopède qui en a la charge. Pouvez-vous m’indiquer si une réflexion sera menée afin de favoriser la diffusion de bonnes pratiques et des bonnes initiatives « qui marchent » pour ces enfants, comme cela est prévu au niveau pédagogique dans le Contrat pour l’Ecole ?
 
Je ne doute pas, Madame la Ministre-Présidente, que vous soyez sensibilisée à la question. Notre système scolaire est à parfaire, ce que vous avez très bien compris puisque vous avez mis en œuvre, par le Contrat pour l’Ecole, une série de moyens concrets pour y faire face et répondre aux problèmes rencontrés, donnant ainsi la chance aux enseignants, aux élèves, aux familles et à la société en général de bénéficier d’une impulsion éducative attendue depuis longtemps.
 
Aussi, je vous fais entière confiance pour mener à bien une mission essentielle d’Education qui soit  positive et accessible pour tous et pour chacun quels que soit sa santé, son déficit, son incapacité ou son handicap.






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