Madame la
Ministre,
J’ai récemment participé à une mission d’associations
culturelles, syndicales et de coopération au développement en Palestine. A
cette occasion, nous avons rencontré de nombreuses organisations palestiniennes,
israéliennes et des Nations Unies ainsi que des représentants de la coopération
et des affaires étrangères belges.
De manière générale, l’impression que nous avons eue est que
la situation sur le terrain est bien plus inquiétante que l’image qui prédomine
dans les médias et l’opinion publique. La politique systématique de
colonisation menée par Israël n’a jamais cessé, que du contraire, même après la Conférence d’Annapolis
en novembre 2007, y compris à Jérusalem-Est.
L’augmentation des routes réservées aux colons, des points de
contrôle et des colonies ainsi que de la poursuite de la construction du mur
réduit la Cisjordanieen
une série d’enclaves entre lesquelles les Palestiniens
sont de moins en
moins libres de circuler. Des familles sont
séparées ; des paysans coupés
de leurs champs ; des enfants de leur école ; des
personnes âgées du
cimetière où elles allaient se recueillir sur la tombe
d’un conjoint ; des
malades empêchés d’accéder à un
hôpital. L’eau et l’électricité,
achetés à prix
cher à Israël, manquent souvent.
L’économie, est exsangue et une partie de plus en plus
importante de la population dépend de l’aide humanitaire, achetée elle aussi à
Israël…
Sans parler de la bande de Gaza, immense cage à ciel ouvert
où survivent 1 million et demi de personnes sur un territoire de 50 sur 5 à 10 km... teritoire dans lequel meme les diplomates européens ont
du mal à entrer. Des jeunes de Gaza nous ont demandé de leur donner une raison
d’espérer encore et nous ont dit « c’est difficile de vivre à Gaza mais
c’est très facile d’y mourir »
Cette situation fait que beaucoup des personnes rencontrées
ont de plus en plus de mal à garder espoir dans une solution négociée avec
Israël, qu’ils appellent pourtant de tous leurs vœux et pour laquelle beaucoup
d’entre eux travaillent en collaboration avec des associations israéliennes
pour la paix et les droits de l’homme.
Nombreux aussi ont été nos interlocuteurs qui ont dénoncé le
fait que l’UE et ses Etats membres ont abandonné le rôle moteur qu’ils ont joué
à un certain moment pour un traitement politique du conflit
israélo-palestinien…
Aujourd’hui, l’UE et ses Etats membres sont revenus à une
approche essentiellement humanitaire, voire « palliative »… Ils
aident la population à survivre mais non à vivre dans la dignité…
A cet égard, Madame la Ministre, il me semble que le festival Masarat
que vous avez initié avec votre collègue de la Culture est un bel exemple
de dépassement d’aide purement humanitaire et de solidarité avec des artistes,
avec un peuple qui veut vivre dans la dignité… Beaucoup de personnes
rencontrées nous ont dit combien pour elles étudier, danser, peindre, ou faire
de la musique était pour elles la seule manière de résister pacifiquement, de
continuer à exister…
Beaucoup d’interlocuteurs nous ont parlé de Masarat avec
enthousiasme, y compris les représentants de la coopération fédérale qui vont
soutenir l’opération « Jérusalem, ville culturelle du monde arabe
2009 ».
Les étudiants du département de français (créé en 1998 par la Communauté française)
de l’Université Al-Azhar de Gaza avec lesquels nous avons eu une longue
discussion émouvante, nous ont raconté leurs espoirs de paix, leurs difficultés
de vie et leur besoin de culture et d’échanges interculturels. Ils regrettent
de ne pas rencontrer d’Israéliens (« on ne voit que leur armée ») et
de ne pas avoir « de place pour marcher, regarder les oiseaux, pas de
théâtre, pas de cinéma… ».
C’est par la musique et le chant aussi qu’un responsable
d’une petite ONG de Gaza aide les enfants à surmonter les traumatismes des incursions
de l’armée israélienne, de la mort de parents proches, du bruit des armes à
feu… Il a créé une classe de chant et musique dans son appartement où les
enfants vont l’après-midi.
Compte tenu de la situation que je viens de décrire et des
compétences de la
Communautéla Ministre, vous poser
plusieurs questions et vous demander d’entreprendre certaines démarches.
Tout d’abord, le site du CGRI ne mentionne plus la Palestine et il
semblerait que l’APEFE n’a plus de programme en Palestine. Quelles en sont les
raisons ?
Le département de français (et sa bibliothèque) de
l’Université d’Al-Azhar de Gaza n’est plus soutenu par la Communauté française
depuis quelques années. Or, nous avons pu le constater, il fait un travail
remarquable non seulement pour l’enseignement du français mais aussi
d’éducation à la citoyenneté et à la paix. Ne pourrait-on envisager de
reprendre une coopération avec ce département ?
Quelques étudiants de ce département avaient obtenu une
bourse pour compléter leur formation en Communauté française. Ils avaient leur
visa, mais en raison du blocus de Gaza, ils n’ont pu sortir de Gaza et venir en
Belgique. Des étudiants et artistes résidents en Cisjordanie connaissent les
mêmes restrictions. Certains artistes palestiniens risquent d’ailleurs de ne
pouvoir participer à Masarat pour cette raison. Quelles démarches avez-vous
prises ou comptez-vous entreprendre auprès de votre homologue du fédéral et des
autorités israéliennes pour des partenaires palestiniens de la Communauté française
empêchés de se rendre en Communauté française ?
Les besoins en formation dans certains secteurs sont
importants (en particulier dans le secteur infirmier) selon un responsable de la CTB l’APEFE ?
Enfin, dans le cadre de la campagne de solidarité avec la
Palestine, les associations syndicales, culturelles et de
développement demandent au Ministre des Affaires
étrangères de mettre d'urgence à l'ordre du jour
du Conseil européen, du Conseil des affaires
générales et relations extérieures ainsi que du
Conseil de sécurité des Nations Unies la question de la
suppression du blocus de Gaza. Ne pouvez-vous pas, dans le cadre de la
CIPE, soutenir cette démarche ?