Messieurs les Ministres,
La Loi
Dupont organise depuis le 12 janvier 2005 l'administration
pénitentiaire et le statut juridique des détenus. Elle confère aux détenus
outre un statut juridique, un certain nombre de droits fondamentaux ainsi que
les moyens de les faire valoir.
Parmi ces droits, figure celui de pouvoir suivre des
formations, organisé par le chapitre 5 de la loi qui fixe comme objectif à ces
formations de « contribuer à l'épanouissement individuel [du détenu], de donner
un sens à la période de détention ou d'améliorer les perspectives d'une
réinsertion réussie dans la société libre ». Cet objectif est l’un des
fondamentaux de la nouvelle législation en ce que les moyens d’une réinsertion
future du détenu sont désormais aussi essentiels que la réparation à apporter à
la victime.
Cette loi va dans le sens de précédentes recommandations et
résolutions adoptées notamment par le Conseil de l’Europe, lequel stipulait
déjà que « l’éducation en prison est un moyen important de faciliter le
retour du détenu dans la société » (recommandation R(89) du 13 octobre
1989 sur l’éducation en prison) ou prise par l’Assemblée générale des Nations
Unies (résolution 1990/20).
Outre l’humanisation du milieu carcéral qu’elle engendre,
faire de l’éducation en prison une priorité n’a rien d’étonnant. En effet, selon
la FAFEP
(Fédération des associations pour la formation et l'éducation en prison), 75%
de la population carcérale vient de classes sociales défavorisées et 75%
déclarent avoir au mieux un diplôme de l'enseignement primaire (pour la
comparaison 30% le déclarent dans le reste de la société civile) comme
l'indiquent les chiffres issus de leur étude sur « La provenance sociale et le
niveau scolaire des détenus en Belgique » datée de 2001.
Selon le Livre Blanc de la FAFEP, paru en 2004, un tiers de la population
carcérale serait considéré comme analphabètes (de manière totale ou fonctionnelle).
Or le monde qui les entoure, leurs possibilités d’insertion, la maîtrise de
leur avenir professionnel constituent autant de fondamentaux indispensables à
leur retour à la vie extra-muros.
On ne peut que déplorer la maigreur des chiffres : seuls
10 à 15% de la population totale des prisons suivraient pour l’heure des
formations qualifiantes. Outre les questions spécifiques à l’environnement
carcéral qui freinent l’accès aux formations (manque de locaux, contraintes
horaires,…), il
me semble évident que
l’accès aux formations est conditionné à
l’alphabétisation et à la maîtrise des
compétences minimales.
Messieurs les Ministres,
Au sein de vos secteurs de l’enseignement à distance et de
l’enseignement de promotion sociale, pouvez-vous m’indiquer quelle est la
demande en alphabétisation ?
Pouvez-vous considérer que les formations dispensées
connaissent un franc succès ?
Enfin, l'accord de
coopération visant la coordination des politiques
d'alphabétisation des adultes a-t-il produit des effets dans
l'environnement carcéral ?