Monsieur le Ministre
La vie est chère, le pouvoir d'achat des ménages diminue,
les fins de mois sont de plus en plus difficiles à assurer pour les familles.
Ces quelques phrases, que l'on a pu entendre à l'envi ces dernières semaines,
rendent à suffisance compte du contexte que nous traversons. La mobilisation
des milliers de personnes qui, de par le pays, toutes Régions confondues, ont
battu le pavé pour manifester leur souhait de conserver leurs moyens de
subsistance et continuer à assurer à leur famille un niveau de vie décent, le
confirme.
Ces préoccupations des familles, légitimes à l'heure
actuelle, se rencontrent dans tous les domaines de la vie quotidienne, du
paiement du loyer à l'indexation des salaires, en passant par le contenu de
leur assiette ou des moyens qu'elles utiliseront pour se chauffer. Cependant,
elles passent aussi par la scolarité de leurs enfants qui, malgré les efforts
mis en œuvre pour en assurer une
gratuité effective, a toujours un coût relativement important, en particulier
au moment de la rentrée scolaire.
Cette gratuité de l'enseignement, garantie par notre
Constitution, exige peut-être aussi, M. le ministre, que nous réfléchissions à
la manière de faciliter l'accès aux écoles. Or, lorsque nous observons le tarif
des abonnements scolaires dans la
Région de Bruxelles-Capitale, nous ne pouvons que constater
que le prix de base du premier abonnement d'une famille est le plus cher des
trois opérateurs de transports publics du pays.
Certes, les enfants de six à onze ans bénéficient à
Bruxelles de la gratuité sur l'ensemble du réseau et ils ne commencent à payer
leur fréquentation du transport bruxellois qu'une fois leurs douze ans
atteints. Or, avant cet âge, les enfants fréquentent souvent une école proche
de chez eux; ils y vont le plus souvent à pied et n'ont donc pas besoin des
transports en commun. De plus, lorsque c'est le cas, ils sont accompagnés par
un adulte payant. Le prix de l'abonnement STIB pour les enfants à partir de
douze ans s'élève à 205 euros pour un premier abonnement dans une famille d'un
à deux enfants, alors qu'il est de 162 euros pour l'opérateur flamand et d'environ
155 euros pour les TEC.
Toutefois, la comparaison avec ces derniers est plus
compliquée, puisqu'il y a des différences en fonction du nombre de zones. Un
premier abonnement pour une famille de trois enfants et plus coûte 165 euros
sur le réseau STIB contre environ 162 euros pour les familles nombreuses
utilisant les transports publics flamands et 126 euros pour ces mêmes familles dans
les transports publics wallons. Pour les familles, les coûts liés à la rentrée
scolaire, conjugués aux dépenses de transport jusqu'à l'établissement scolaire
de leurs enfants, constituent souvent une charge difficile à assumer. Comment
une famille à faible ou moyen revenu peut-elle s'acquitter de ces montants ? A
Bruxelles, tous les indicateurs montrent une forte paupérisation de la
population ainsi qu'une proportion importante de familles monoparentales. Pour
deux enfants, il faut débourser 330 euros à la rentrée, rien que pour
l'abonnement scolaire ; 335 euros pour trois enfants. Comment peut-on assumer
ce genre de charge ?
A l'analyse des chiffres contenus dans le dernier rapport
financier de la STIB,
nous pouvons voir que le poste "abonnements scolaires" génère près de
6,5% des recettes directes pour les années 2006 et 2007.
Sachant que les recettes relatives aux abonnements scolaires
concernent, pour Bruxelles, les jeunes entre 12 et 24 ans, vous est-il possible
de nous informer, M. le ministre, sur la part de ces revenus, produits
spécifiquement par la population en âge d'obligation scolaire ? Quel serait le
coût d'un alignement des tarifs bruxellois sur les tarifs flamands ou wallons ?
Pourrait-on étudier la possibilité d'une gratuité des abonnements scolaires
pour ces populations ou, à tout le moins, de tarifs nettement réduits pour une
partie des familles, à déterminer selon des critères sociaux ?
Enfin, il semblerait selon des
informations reçues de directeur d'écoles fondamentales
bruxelloises en discrimination positive, que beaucoup d'enfants qui
fréquentent ces établissements n'ont pas d'abonnement,
même lorsqu'ils sont en âge d'en avoir un gratuitement. Ne
serait-il pas possible de dispenser l'obligation du port de cet
abonnement en exigeant tout simplement la preuve de l'âge de
l'enfant de quelque manière que ce soit. J'imagine qu'il y a une
raison à cette formalité administrative. Quelle est-elle?
Ne pourrait-on envisager de la supprimer, ce qui allègerait par
la même occasion le travail administratif du personnel de la
STIB, particulièrement lourd au moment de la rentrée
scolaire ? Pourrait-on envisager un travail de collaboration avec les
établissements scolaire, car il semblerait que certains se
chargent d'aider les familles à remplir les formalités.
Il faudrait peut-être inciter lesautres à le faire.