Monsieur le Ministre-Président,
Madame la
Ministre,
En mission pour notre Parlement à Kisangani, nous avons
appris là-bas avec stupéfaction les déclarations successives du Ministre De
Gucht et les réactions du Gouvernement de la RDC.
Faisant fi des énormes efforts accomplis par les
responsables et par le peuple congolais pour reconstruire un pays complètement
détruit et ruiné par des décennies de dictature et plusieurs années de guerre
importée, il a d’abord humilié publiquement le chef d’un Etat souverain, élu
démocratiquement. Il a par la suite aggravé son propos en
évoquant un « droit
moral » de regard sur la politique congolaise en raison de
l’aide donnée… Mesquine équation
brandie là où on attend un dialogue constructif.
Les déclarations du Ministre De Gucht m’ont semblées
d’autant plus choquantes que ce que nous
étions en train de constater et de vivre au même moment lors de notre mission
nous donnaient la conviction de la nécessité et de la possibilité de vrais
partenariats utiles, fondés sur l’amitié et le respect. A Kisangani, ville
martyre qui se reconstruit, nous avons rencontré nos collègues des assemblées
provinciales du Nord et du Sud Kivu, du Maniema et de la Province orientale.
Des échanges avec nos collègues, je retiens la volonté de la
plupart d’entre eux de travailler sérieusement à la reconstruction de leur
pays, les besoins énormes des populations de ces provinces, les difficultés qui
persistent en raison de la présence de groupes armés, la fragilité aussi des
toutes jeunes institutions démocratiques du pays…
Nos collègues, au courant des soubresauts qui agitaient les
relations entre la Belgique
et la RDC n’ont
cessé d’exprimer leur souhait de voir la coopération entre nos pays se renforcer
en raison de notre histoire commune et des liens d’amitié qui nous
unissent.
Les déclarations du Ministres De Gucht sont aussi choquantes
parce qu’il ne fait pas preuve de la même sévérité avec d’autres pays
partenaires qui ne sont pas des modèles de bonne gouvernance ou de démocratie
ou de respect des droits de l’homme, donnant ainsi l’impression que la RDC n’est pas un Etat
souverain mais encore et toujours notre colonie !
Ses déclarations risquent de plus d’être à terme
préjudiciables aux intérêts de la
Belgique et de la Communauté française qui s’investit énormément.
En effet, la RDC,
si elle continue dans son processus de reconstruction a tous les atouts pour
devenir l’une des premières (sinon la première) puissance économique d’Afrique.
La Grande-Bretagne,
la Chine, la France, le Brésil,… l’ont
bien compris et sont en train de jeter les bases de relations de partenariat
durable, avec par ailleurs des investissements bien plus substantiels que ceux
de la Belgique.
Monsieur le Ministre-Président,
Madame la Ministre,
Compte tenu des considérations qui précèdent, je vous
demande d’interpeler le Ministre De
Gucht et le gouvernement fédéral pour rappeler au Ministre De Gucht qu’il est
le Ministre des Affaires étrangères de la Belgique dans toutes les composantes de notre
Etat fédéral. A ce titre, il est important qu’il veille à l’image de notre pays
dans toutes ses composantes et sensibilités. La Communauté
française de
Belgique et la Région wallonne ont mis la RDC parmi la
priorité de leurs relations internationales. La crise
provoquée par le Ministre De Gucht risque de nuire gravement aux
excellentes relations que la Communauté française de
Belgique et la République démocratique du Congo
entretiennent.
Cela ne justifie-t-il pas de demander la convocation de la CIPE, voire du Comité de concertation ?