Madame la Ministre,
10 ans après l’entrée en
vigueur du décret relatif à la féminisation des noms de métiers, fonction,
grade ou titre (adopté en juin 1993) ainsi que de son arrêté d’application, il
me semble utile de revenir sur ce sujet.
En effet, en matière
d’égalité entre les femmes et les hommes, la route est encore longue. La
question de la féminisation des termes porte en elle-même une forte charge
symbolique et pèse un poids important dans la façon qu’ont les individus de
percevoir la société et le monde qui les entourent. De même que la place qui
leur est « réservée » ou non : ce n’est pas un hasard si femme
de ménage n’a pas de masculin ni Gouverneur de féminin.
Mon exemple est
volontairement provocant, mais je ne voudrais pas pour autant que mon propos
soit réducteur. Ingénieur n’a pas non plus de féminin (Le mot est invariable -
Cf. règles de féminisation Communauté française), mais on s’interroge sur les
raisons qui font que les jeunes filles délaissent les filières et métiers scientifiques…
Je suis parfois heurtée de
voir que de nombreuses personnes considèrent que cette difficulté est soit
réglée, soit non digne d’intérêt. Je ne partage pas ce point de vue. Je pense
que c’est un thème de réflexion utile et intéressant.
Je me réjouis d’ailleurs
particulièrement de l’édition récente du Guide « Féminisation des titres
et fonctions du personnel de la Ville de Bruxelles » (bilingue
français-néerlandais) qui vient d’être réalisé pour la Ville de Bruxelles par
Patricia Niedziecki, Présidente de l’Institut de Recherche pour le
développement de l’Espace culturel Européen et Observatoire du Genre, de la
Féminisation et des Langues. Le contenu est particulièrement riche et même
captivant.
Nous aurions, je pense à
gagner en Communauté française en nous repenchant sur la question, d’autant
plus que l’on assiste souvent à des « oublis » et que je sais que
nous sommes évidemment une assemblée de convaincus de la cause égalitaire.
Voici, plus concrètement,
quelles sont mes questions précises :
n’est-il pas temps de rouvrir
ce dossier en CF et de procéder à une évaluation des difficultés, écueils,
obstacles ou succès rencontrés dans la mise en œuvre du décret ?
Envisagez-vous de demander une étude de ce type?
Sur base des résultats qui
pourraient sortir d’une analyse approfondie, il pourrait être pertinent
d’envisager d’aller plus loin dans la dynamique en Communauté française
(et envisager plus avant la question des règles grammaticales de féminisation).
Avez-vous déjà un point de vue sur cette question ?
Peut-on se contenter
d’utiliser une formule en début de décret : « les termes utilisés
sont épicènes » en galvaudant de ce fait la signification de ce
terme ? Ou doit-on réfléchir à rédiger nos écrits dans une langue plus
égalitaire ?
Ne serait-il pas souhaitable
désormais de parler d’égalitarisation de la langue (ou un autre terme qui
pourrait convenir et déterminer le véritable objectif : l’égalité entre
les genres, au travers de la langue)
plutôt que de féminisation ?
Vous pourrez en tout cas compter
sur mon soutien attentif et ma participation active à la réflexion. Je vous
sais particulièrement sensible aux questions relatives à l’égalité et désireuse
d’agir avec détermination.
Je vous remercie de votre
attention.